Dom Bonaventure

de M.Léopold AVAERT ( 1951)

AVANT - PROPOS de Dom Bonaventure SODAR.

Quatorze siècles n'ont pas épuisé la sève de la sainte Règle, et sur la vénérable souche de l'institution bénédictine poussent d'époque en époque de nouveaux surgeons. Tous rivalisent de fidélité dans l'effort de prolonger l'expérience spirituelle du Père des moines d'Occident ; chacun, dans le rajeunissement d'un retour à la source vivifiante, met en évidence l'un ou l'autre des traits authentiques de celui "qui fut rempli de l'esprit de tous les justes". Aussi, dans la variété des observances locales et la richesse des œuvres de charité apostolique, les monastères de tous les temps sont-ils animés d'une flamme commune qui crée entre eux un lien familial : dans tous les groupements cénobitiques formés sous la Règle de saint Benoît, nous retrouvons avec joie : l'amour du Service du Seigneur accomplit dans un esprit de louange désintéressée, l'estime de la science divine que nourrit la lecture de l'Ancien et du Nouveau Testament selon la tradition des Pères, le zèle à garder l'éloignement du monde, le soin humble et consciencieux apporté au travail intellectuel et manuel dans un harmonieux équilibre, le respect envers une autorité jalouse de maintenir avant tout l'affection fraternelle parmi les enfants de la maison de Dieu.
Réunis par la miséricorde de Dieu dans le Prieuré de la Suisse Romande et encouragés à chercher l'union divine sans porter la lourde charge des œuvres extérieures, nous espérons, "per ducatum Evangelii et sanctae Regulae", répondre à la grâce qui nous est faite, obtenir de Dieu la rémission de nos péchés et le salut éternel, contribuer enfin, par le rayonnement du Foyer monastique, à l'œuvre d'édification confiée à la sainte Église pour la rédemption d'un grand nombre. 
Ainsi soit-il.

Corbières, le 21 mars 1947 


Cantique à Saint Dodon


1) 
Du temps que Pépin de Herstal
Régnait au pays d' Austrasie,
Naquit dans un lieu nommé Val
Dodon que ce jour glorifie.
Reçut le Baptême chrétien
D' Ursmer missionnaire en campagne
Qui pour convertir les payens,
Courait la Thiérache et la Fagne.


2)
Conduit par ses sages parents
A Lobbes, au fameux Monastère,
Il fut le disciple fervent
Des moines menant vie austère.
L' abbé, qui était saint Ursmer,
Voyant le progrès magnifique
Du jeune Dodon qu' il aimait,
L' admit dans l' état monastique.


3)
Cachée au milieu des grands bois,
Dans un clair vallon de prairies
Où l' Helpe sinue et s' accroît,
Wallers avait une abbaye.
Choisi, bien qu' il n' eut que trente ans,
Dodon, déjà mûr en sagesse,
Y vint en abbé vigilant,
Léguant au moutier ses richesses.


4)
Vaquant à l' Office divin,
Oeuvrant en forêt, à la terre,
Il vit, obstruant ses chemins,
Les flots des humaines misères.
Le bruit de ses grandes vertus
S' accrut du récit des miracles;
Le peuple au saint moine accourut;
Des feules en eut le spectacle.

5)
Un jour, aspirant au désert
Il fuit sous futaies touffues,
Et là, néanmoins découvert,
Mourut dans sa hutte feuillue.
La terre de Fagne reçut
Son corps, l' étreignant maternelle;
La châsse où ses os sont tenus,
Moustier, c' est ta perle immortelle.

6)
O Saint, douce fleur de Hainaut,
La Fagne aujourd'hui te réclame.
Entends sa prière là-Haut,
Protège et conserve son âme.
Aide à nos travaux, à nos soucis,
Garde en nous la foi de nos pères,
Et tire nous en Paradis
Quand l' heure viendra la dernière.